La prochaine fournée de jeux gratuits de l’Epic Games Store réserve une proposition à contre-courant des sorties tape-à-l’œil. À partir du 2 juillet, I Have No Mouth, and I Must Scream rejoint les cadeaux de la boutique, un jeu d’aventure en pointer-cliquer sorti en 1995 et tiré d’une nouvelle culte de la science-fiction.
Adaptation du récit d’Harlan Ellison publié en 1967, ce titre vous place tour à tour dans la peau de cinq survivants d’une humanité anéantie, prisonniers d’une intelligence artificielle qui les torture par jeu. Loin de l’action effrénée, l’expérience repose sur la réflexion, l’ambiance et des dilemmes moraux pesants. Une interrogation s’impose face à une œuvre aussi singulière : que vient chercher un joueur de 2026 dans ce monument du malaise vidéoludique ?
Un classique culte de 1995 offert du 2 au 9 juillet
L’opération s’inscrit dans le rythme hebdomadaire de la boutique : le jeu deviendra gratuit le 2 juillet aux alentours de 17 h, heure française, et le restera jusqu’au 9 juillet. Il succède au metroidvania d’horreur cosmique encore offert cette semaine, dans une veine sombre qui semble guider les choix éditoriaux du moment.
Le geste reste modeste sur le plan financier, puisque le titre se négocie habituellement autour de 9,75 €, mais son intérêt est ailleurs. Il offre l’occasion de découvrir gratuitement une pièce d’histoire du jeu vidéo, longtemps difficile à trouver dans une version propre avant sa récente remise à niveau.
Une adaptation née sous la plume d’Harlan Ellison
La singularité de ce jeu tient d’abord à son auteur. Harlan Ellison, figure majeure de la science-fiction américaine, n’a pas seulement prêté son texte : il a coécrit le scénario étendu, rédigé une grande partie des dialogues et prêté sa voix à l’ordinateur AM, l’antagoniste qui orchestre le cauchemar. Cette implication confère à l’ensemble une cohérence rare entre l’œuvre littéraire et sa transposition.
Le propos, lui, n’a rien perdu de sa force. Là où la nouvelle tenait en quelques pages, le jeu déploie cinq parcours distincts, chacun confrontant un personnage à ses propres fautes. Ellison assumait pleinement le caractère impitoyable de sa création, au point d’en faire une expérience que l’on ne pouvait pas vraiment gagner.

Je l’ai conçu pour qu’on ne puisse pas le gagner. La seule façon de l’emporter, c’était d’y jouer avec noblesse : plus vous jouiez noblement, plus vous approchiez du but, sans jamais réellement le terminer.
Harlan Ellison, auteur de la nouvelle et coconcepteur du jeu, entretien de 2013
Cinq destins face à l’ordinateur AM
Pour saisir ce qui attend le joueur, mieux vaut détailler l’ossature de cette aventure aussi courte qu’intense. Le jeu ne se parcourt pas comme une histoire linéaire, mais comme une série de huis clos psychologiques. Voici ce qui compose cette descente méthodique :
- cinq personnages jouables, chacun enfermé dans un scénario taillé sur mesure par la machine pour réveiller ses blessures ;
- une narration et des dialogues écrits par Harlan Ellison, prolongeant directement sa nouvelle de 1967 ;
- la voix glaçante de l’intelligence artificielle AM, interprétée par l’auteur en personne ;
- une durée volontairement resserrée, une première fin se bouclant en moins de deux heures ;
- plusieurs dénouements possibles selon les choix moraux, fidèles à l’esprit du texte d’origine.
Cette structure en chapitres indépendants donne au titre une intensité que peu de productions de l’époque osaient assumer. Elle explique aussi pourquoi le jeu conserve une réputation à part, près de trente ans après sa sortie.
Ce que la version Nightdive apporte
Le jeu offert n’est pas la version d’origine livrée telle quelle, mais la réédition supervisée par le studio Nightdive, spécialiste reconnu de la restauration de classiques. Cette mouture modernise le confort de jeu sans trahir l’œuvre, ce qui change beaucoup pour un titre aussi ancien que vénérable.
Les ajouts couvrent l’essentiel de ce qu’on attend d’une remise à niveau soignée. Menus repensés, prise en charge moderne des manettes, sauvegarde dans le nuage, succès à débloquer et bonus comme un juke-box réunissant la bande-son : l’ensemble rend l’accès nettement plus simple qu’autrefois. Sur Steam, cette version récolte plus de 3 800 évaluations classées Très positives, signe que le travail a convaincu.
Mieux vaut donc aborder ce jeu en sachant qu’il privilégie l’atmosphère et le texte à l’adresse ou aux réflexes. Ce parti pris assumé en fait un objet de curiosité autant qu’un jeu.
Comment l’ajouter à sa bibliothèque
La procédure ne change pas des autres cadeaux de la plateforme. Dès le 2 juillet, il suffit d’ouvrir la fiche du jeu depuis le client Epic ou le site de la boutique, puis de valider l’obtention pour le conserver sans aucune limite de durée. Aucun achat n’est requis, seul un compte gratuit est nécessaire.
Un point de vigilance s’impose néanmoins. La gratuité s’arrête net le 9 juillet, lorsque la rotation suivante prendra le relais. Récupérer le jeu durant la fenêtre garantit de le posséder pour de bon, même sans intention d’y jouer tout de suite.
Une fable sur l’intelligence artificielle qui résonne encore
Difficile de ne pas relire cette œuvre à l’aune des débats actuels. Une machine toute-puissante qui méprise ses créateurs et les soumet à sa volonté trouve un écho particulier à l’heure où l’intelligence artificielle s’invite dans chaque conversation. Ce que la science-fiction des années 1960 imaginait comme un cauchemar lointain prend aujourd’hui une teinte étrangement contemporaine.
Au-delà de sa réputation sulfureuse, le jeu interroge la responsabilité, la culpabilité et la dignité humaine sous la contrainte, des thèmes que les boutiques mettent volontiers en avant lors de leurs grandes opérations promotionnelles. Pour qui accepte de se laisser troubler, la semaine du 2 juillet ouvre une porte rare vers un pan méconnu de la culture vidéoludique.

