Pendant plus de trente ans, Game Freak a été le studio des créatures colorées à capturer et des combats au tour par tour. Le développeur japonais vient pourtant de franchir un cap inédit : son premier action-RPG d’envergure hors de Pokémon est arrivé le 4 août sur PC, via Steam, mais aussi en day one dans le Xbox Game Pass. Beast of Reincarnation, c’est un jeu d’action sombre aux allures de souls-like, porté par une jeune femme, Emma, et son chien Koo dans un Japon dévasté par un fléau.
Le résultat était attendu de longue date par les joueurs PC, curieux depuis l’annonce de ce grand écart de voir un studio façonné par le mignon s’aventurer sur le terrain exigeant de l’action nerveuse. Après quelques jours de commercialisation et plusieurs centaines d’évaluations, un constat s’impose déjà : les avis sont partagés. Alors, ce grand écart artistique tient-il ses promesses, ou trahit-il un studio encore en apprentissage ?
Un accueil critique solide mais sans triomphe
Du côté de la presse spécialisée, Beast of Reincarnation s’en sort honorablement sans pour autant crever le plafond. Le jeu affiche un score de 76 sur OpenCritic, sur la foi de 45 tests, une note classée comme "solide" par l’agrégateur. Sur Metacritic, la version PS5 tourne autour de 73 pour 49 critiques recensées.
Ces chiffres racontent un jeu qui divise jusque dans les rédactions. Vice lui décerne un 9,5 sur 10 et parle d’un mélange d’action "incroyablement amusant", quand GameRant s’arrête à un tiède 5 sur 10. Entre les deux, l’écart de notation frôle les cinq points, un signal rare qui trahit un titre aux fondations inégales plus qu’un consensus mou.

Sur Steam, les joueurs tranchent différemment
Les retours des joueurs sont encore plus contrastés que ceux de la presse. Sur Steam, la fiche du jeu affiche la mention "moyennes" : 52 % des 1 499 évaluations sont positives au moment où ces lignes sont écrites, un score qui place le titre dans une zone d’inconfort bien connue des studios ambitieux.
Cette fracture recoupe assez fidèlement celle des tests. Les joueurs qui accrochent au système de combat en vantent la nervosité et l’atmosphère ; ceux qui décrochent pointent une aventure qui se traîne et des zones de jeu clairsemées. À 54,99 € sur Steam, l’écart de perception pèse lourd dans la décision d’achat, ce qui explique en partie ce verdict communautaire mitigé.
Un combat à deux qui partage les avis
Le cœur du jeu repose sur une idée franchement originale : un système de combat à deux rythmes qui lie Emma et son chien Koo. La jeune femme se bat en temps réel à l’épée, la parade parfaite remplissant une jauge que l’on dépense ensuite pour ralentir le temps ou déclencher les techniques du compagnon canin, commandé au tour par tour.
Cette mécanique explique une bonne part des tensions relevées par les testeurs. Voici les points qui reviennent le plus souvent sous leur plume :
- des affrontements de boss unanimement salués, où l’arc d’Emma, sa mobilité et les assauts de Koo s’imbriquent en de véritables chorégraphies ;
- des combats standards jugés répétitifs, avec des ennemis trop dispersés sur des cartes vastes ;
- une absence quasi totale d’enjeu à la mort, les campements étant nombreux et aucun objet n’étant perdu ;
- une réelle liberté de build, entre corps-à-corps agressif, jeu à distance ou approche centrée sur le compagnon.
Le portrait est celui d’un jeu de contrastes, dont les meilleurs moments sont excellents et les passages faibles franchement ternes. C’est précisément ce grand écart que l’on retrouve dans les comparaisons dressées par la presse, de Sekiro à NieR : Automata en passant par Horizon Zero Dawn.
L’héritage Pokémon, atout et limite
Ce que Game Freak a apporté de trois décennies passées sur Pokémon saute aux yeux : un vrai instinct pour le lien entre un dresseur et sa créature. Le duo Emma-Koo fonctionne, émotionnellement comme mécaniquement, et le menu de commandes du chien n’est pas sans rappeler l’interface d’un combat Pokémon. Le doublage, disponible en japonais comme en anglais, a lui aussi été salué à plusieurs reprises.
Ce que le studio a moins su transposer, c’est l’architecture narrative d’un gros jeu d’action et la variété de son bestiaire, deux reproches qui reviennent quel que soit le niveau de note. Le directeur Kota Furushima assume ce virage esthétique, lui qui a choisi un rendu photoréaliste très éloigné du style habituel de la maison, comme il l’a confié à propos de la conception du jeu.
Quand je construisais le prototype, j’ai commencé à réaliser que le photoréalisme serait le meilleur choix pour ce que j’essaie d’exprimer ici.
Kota Furushima, directeur de Beast of Reincarnation, dans un entretien à DenFamiNicoGamer traduit par GamesRadar+, juillet 2026.
Des performances PC à surveiller de près
Le point qui intéresse le plus les joueurs PC est aussi le plus fragile au lancement. Le jeu ne précompile pas ses shaders au démarrage, ce qui provoque des saccades quand de nouveaux effets se chargent en plein combat ou en cinématique. Un correctif day one, pesant jusqu’à 32 Go selon les plateformes, a corrigé une partie du problème sans tout régler.
Les configurations proches du minimum recommandé restent exposées. Testé sur un portable équipé d’une RTX 3060 et de 16 Go de mémoire, PC Gamer relève des chutes fréquentes sous 60 fps en qualité moyenne avec la mise à l’échelle FSR 3 activée. Les réglages conseillés par la communauté consistent à abaisser le brouillard volumétrique et l’illumination globale, à préférer le DLSS ou le FSR au TAA natif, et à installer le jeu sur SSD. Le Steam Deck, lui, est classé "inconnu" en compatibilité.

Un bug de déblocage côté Steam a par ailleurs retardé d’environ six heures le lancement pour certains acheteurs, de quoi entamer une soirée de sortie déjà crispée, un scénario que d’autres sorties PC scrutées de près ont connu avant lui. Pour un titre qui mise autant sur la fluidité de ses affrontements, ces accrocs techniques pèsent sur le ressenti des premières heures de jeu.
Craquer tout de suite ou attendre un correctif
Reste la question que se pose tout joueur PC devant sa liste de souhaits, celle de sauter le pas maintenant ou de laisser le temps aux mises à jour. Les abonnés au Xbox Game Pass ont ici une carte à jouer, puisque le jeu y est inclus dès le premier jour : quelques heures suffisent pour jauger si le combat accroche, sans engager le prix fort.
Pour ceux qui visent l’achat sec, l’arbitrage se joue entre l’envie de découvrir une proposition singulière et la patience d’attendre des correctifs de performance et, peut-être, une remise. Plusieurs testeurs réclament déjà une suite : la manière dont Game Freak entretiendra ce premier jet dira s’il s’agit d’un début prometteur ou d’une occasion à moitié saisie.
