À quelques heures de l’ouverture de la Gamescom, CD Projekt Red a mis en ligne une vidéo qui a fait le tour des forums dans la nuit. Le studio polonais y aborde l’avenir de sa licence phare et y glisse la seule information réclamée depuis décembre 2024. The Witcher 4, premier volet d’une nouvelle trilogie confiée à Ciri, vise désormais une sortie en 2028. Le jeu reste un action-RPG en monde ouvert prévu sur PC, PlayStation 5 et Xbox Series X/S, mais il change de personnage principal après trois épisodes menés par Geralt de Riv.
La précision paraît mince, elle ne l’est pas. Jusqu’ici, la seule balise officielle tenait dans une phrase du directeur financier de CD Projekt, qui se contentait d’exclure toute sortie avant 2027. Passer d’une négation à une année cible change la façon dont on planifie sa bibliothèque, et accessoirement le renouvellement de sa machine. Reste une question que la vidéo laisse entière : pourquoi un studio qui tient enfin une fenêtre de sortie choisit-il de ne rien montrer de ce jeu au plus gros salon européen de l’année ?
Une fenêtre de sortie posée sur 2028
Michał Nowakowski, coprésident de CD Projekt, a formulé l’annonce avec une prudence de comptable. Le studio vise 2028, sans engager de date précise, et personne chez l’éditeur ne parle de calendrier verrouillé. La nuance compte dans une maison qui a repoussé The Witcher 3 à plusieurs reprises, puis Cyberpunk 2077 jusqu’à une sortie ratée en décembre 2020 sur les consoles de génération précédente.
Le chemin parcouru donne malgré tout une idée de la maturité du projet. Annoncé par un trailer cinématique aux Game Awards de décembre 2024, The Witcher 4 est resté en préproduction de mai 2022 à novembre 2024 avant de basculer en production complète. Deux ans et demi de préparation avant la phase la plus lourde, c’est l’ordre de grandeur d’un projet qui ne sortira pas en avance.
Les joueurs PC ont une raison de plus de noter l’échéance. Deux ans correspondent à un cycle complet de cartes graphiques, et le trailer de révélation avait déjà été pré-calculé sur une GeForce RTX 5090 alors non annoncée. La configuration recommandée n’existe pas encore, mais la trajectoire technique du studio est déjà lisible.
Plus de 500 développeurs mobilisés sur un seul jeu
Le chiffre qui accompagne l’annonce en dit plus long que l’année elle-même. 513 personnes travaillaient sur le projet en mai 2026, soit plus du double de l’effectif qui avait accouché de The Witcher 3 en 2015. CD Projekt a franchi la barre des 500 développeurs sur ce seul titre au printemps, au moment d’entamer ce que le studio décrit comme la phase la plus intensive du développement.
Je sais que l’attente est un peu longue et que vous aimeriez y jouer plus tôt, mais laissez l’équipe faire son travail, ça vaudra le coup.
Michał Nowakowski, coprésident de CD Projekt, dans la vidéo publiée par le studio le 24 août 2026 en amont de la Gamescom
Cette inflation d’effectifs n’est pas propre à la Pologne, mais elle pose une question de fond sur les productions à gros budget. Un jeu qui mobilise plus de 500 salariés pendant quatre à six ans ne peut plus se permettre un demi-succès commercial, ce qui explique en partie la frilosité du studio à s’avancer sur un mois précis.
Ce que l’on sait déjà du jeu
Entre le trailer des Game Awards, la démonstration technique de juin 2025 et les entretiens accordés depuis, les contours du jeu sont plus nets qu’on ne le croit. Les éléments ci-dessous ont tous été confirmés par CD Projekt Red.
- Ciri, la fille adoptive de Geralt, devient le personnage jouable principal, doublée par Ciara Berkeley en lieu et place de Jo Wyatt ;
- Doug Cockle reprend son rôle de Geralt, présent au casting sans être jouable ;
- le jeu ouvre de nouvelles régions du Continent, dont le royaume de Kovir, jamais exploré dans les jeux précédents ;
- la monture de Ciri, Kelpie, bénéficie d’un système de physique musculaire inspiré de celui de Red Dead Redemption 2 ;
- le titre inaugure une trilogie dont les trois volets doivent sortir dans une fenêtre de six ans.
Cette dernière contrainte a une conséquence directe pour les joueurs. Nowakowski a prévenu que le studio ne sortirait probablement aucune extension pour cette nouvelle trilogie, faute de place dans le calendrier, ce qui rompt avec le modèle des deux add-ons de The Witcher 3.
La Gamescom sera consacrée à The Witcher 3
Le studio a été clair sur un point : The Witcher 4 sera totalement absent de Cologne. Aucun teaser, aucune séquence de gameplay. Ce qui monte sur la scène de l’Opening Night Live ce 25 août, c’est Songs of the Past, la nouvelle extension de The Witcher 3, dévoilée dix ans après Blood and Wine et attendue en 2027.
CD Projekt Red installe un stand dans le hall 8 du Koelnmesse avec une équipe dédiée à cette extension, et promet une ou deux surprises pendant ses diffusions du salon. Le studio a explicitement demandé de ne pas attendre The Witcher 4 dans le lot, après avoir déjà fait l’impasse sur les Game Awards de 2025. Pour un joueur PC, la séquence a au moins un mérite pratique : elle remet en avant un titre de 2015 qu’on trouve régulièrement bradé à moins de trois euros, et le meilleur moyen de préparer 2028 reste d’y retourner, puisque la continuité des choix du troisième épisode sera préservée.
Unreal Engine 5 et une conception pensée pour les consoles
Le sujet technique reste celui qui divise le plus les joueurs PC. CD Projekt a abandonné son REDengine maison, utilisé de The Witcher 2 à Wild Hunt, au profit d’Unreal Engine 5 et d’un partenariat avec Epic Games portant sur les capacités en monde ouvert et l’optimisation. Le moteur propriétaire, conçu pour des jeux solo et retouché à chaque projet, ne tenait plus face à plusieurs productions menées en parallèle.

Le rendu s’appuiera sur le ray tracing matériel plutôt que sur la version logicielle de Lumen, et intégrera le système RTX Mega Geometry de Nvidia pour accélérer le calcul des scènes très chargées en géométrie. Sur le papier, c’est une configuration taillée pour les cartes récentes, avec les questions d’accessibilité que cela pose pour les machines plus anciennes.
Le point le plus surprenant reste la méthode. Le jeu est développé selon une approche console-first, à rebours de l’habitude du studio de viser d’abord le PC avant d’adapter vers le bas. Jakub Knapik, vice-président de CD Projekt, l’a justifiée par un principe de mise à l’échelle, plus facile vers le haut que vers le bas. L’objectif affiché est de tenir 60 images par seconde sur PlayStation 5, la Xbox Series S restant le cas le plus difficile à traiter.
Cette prudence tranche avec l’ambiance qui entoure les autres RPG européens de la même période, à commencer par le RPG des anciens du studio, qui arrive dès septembre. Deux écoles se dessinent, l’une qui livre vite avec des moyens contenus, l’autre qui étale son développement sur six ou sept ans.
Deux ans d’attente et une trilogie à tenir
Poser 2028 sur The Witcher 4 revient à annoncer, en creux, un engagement bien plus lourd. Si la trilogie tient sa fenêtre de six ans, les trois jeux seraient bouclés autour de 2034, soit près de vingt ans après Wild Hunt. Peu de studios ont maintenu une équipe, une direction artistique et une cohérence narrative sur une telle durée.
L’échéance donne aussi une nouvelle lecture aux prochains rendez-vous du studio. Chaque apparition publique, à commencer par la cérémonie d’ouverture de la Gamescom, sera scrutée pour vérifier que le calendrier tient. Le vrai test tombera en 2027, quand Songs of the Past montrera ce que CD Projekt sait encore faire du Continent, et quand la première séquence de gameplay devra convaincre que 2028 n’est pas déjà une année optimiste.

