Foretales est un jeu de cartes narratif, ce qui n’a pas grand-chose à voir avec un jeu de cartes au sens habituel du terme. On n’y construit pas un deck pour optimiser des combos : chaque carte posée fait avancer un récit et referme d’autres possibilités, un peu comme un livre dont vous seriez l’auteur et qui garderait la mémoire de vos renoncements. Le studio français Alkemi l’a sorti le 15 septembre 2022 sur PC et Nintendo Switch, avec Dear Villagers à l’édition.
À partir du 23 juillet à 17h00, heure de Paris, l’Epic Games Store le propose gratuitement pendant sept jours. La boutique d’Epic a pris l’habitude de renouveler ses gratuités chaque jeudi à la même heure, et Foretales n’y était jamais passé jusqu’ici, à deux mois de son quatrième anniversaire. Reste la vraie question : que vaut ce paquet de cartes une fois posé dans une bibliothèque déjà pleine ?
Un voleur, une lyre volée et une prophétie qui se referme
Le héros s’appelle Volepain. C’est un bec-en-sabot anthropomorphe, petit voleur de son état, qui commence à voir des visions de catastrophe après avoir dérobé une lyre magique. Le monde de Foretales est tenu par la Tisserande, qui a confié les instruments de création à ses enfants, les nymphants. Ces instruments peuvent créer autant que détruire les nombreux mondes du jeu, et la prophétie que Volepain porte désormais en tête annonce la fin du sien.
Le dispositif tient en une idée simple : l’apocalypse approche, et vous décidez comment employer le peu de temps qu’il reste. Sauver le royaume n’est qu’une option parmi d’autres. On peut aussi laisser le maelström emporter le monde entier, découvrir les intentions réelles des nymphants et du culte, ou naviguer entre les deux sans jamais trancher.
Cette liberté a un coût narratif assumé. Les intrigues sont ramifiées, les fins multiples, et le jeu ne prévient pas quand une décision ferme une branche entière. C’est ce qui pousse à recommencer, et c’est aussi ce qui fait basculer Foretales du côté du jeu de table plutôt que du roman graphique interactif.
Des cartes qui servent l’histoire, pas l’inverse
Tout passe par les cartes : l’exploration, les personnages rencontrés, les lieux traversés, les combats au tour par tour. Alkemi a construit une table de jeu virtuelle où la mécanique et le récit occupent le même espace physique, ce qui est plus rare qu’il n’y paraît dans le genre. Le pari est de faire tenir une aventure entière sur un plateau, sans jamais sortir de la métaphore.
C’est précisément le problème que les studios narratifs cherchent à résoudre depuis des années, et qui dépasse largement le cas de Foretales. Bryce Clark, directeur de jeu sur Poppy Playtime, le formulait en ces termes dans un entretien accordé à PC Gamer.
Nos objectifs étaient de trouver des moyens d’améliorer la fluidité du jeu. Comment rendre les poursuites plus prenantes ? […] et, plus généralement, de chercher des moyens de mieux intégrer la narration à l’expérience de jeu.
Bryce Clark, directeur de jeu de Poppy Playtime, entretien à PC Gamer, 21 juin 2026
Foretales répond à cette question en refusant de séparer les deux couches. Il n’y a pas la phase d’histoire d’un côté et la phase de jeu de l’autre : poser une carte est à la fois un coup et une phrase.
Ce que la presse a retenu du jeu
Foretales affiche 4,6 sur 5 dans les évaluations des joueurs Epic, mais l’accueil critique est plus contrasté. Sur OpenCritic, le titre obtient une moyenne de 75 pour 52 % de recommandations, ce qui le place dans la catégorie des jeux appréciés sans être unanimes. Les notes détaillées disent bien où passe la ligne de fracture :
- RPG Fan lui donne 79 sur 100, saluant une expérience captivante et addictive, mais pointant la répétitivité des cartes de personnages et de lieux ;
- GameSpew monte à 8 sur 10 et y voit une démonstration de ce que le genre du jeu de cartes peut produire de créatif ;
- IGN s’arrête à 7 sur 10, jugeant la présentation austère et le gameplay répétitif, tout en reconnaissant une histoire intrigante ;
- les évaluations des joueurs de l’écosystème Epic, elles, ressortent à 4,6 sur 5.
Le reproche récurrent est donc toujours le même : la lassitude finit par gagner si l’on enchaîne les parties. D’après IGN, le jeu se savoure par sessions espacées plutôt qu’en une traite, ce qui, pour un titre récupéré gratuitement et laissé en réserve, tombe plutôt bien.
Une signature française derrière le paquet
Alkemi développe, Dear Villagers édite depuis Montpellier, et le casting technique n’a rien d’anecdotique. La bande originale est signée Christophe Héral, compositeur de Rayman et Beyond Good and Evil, avec quatorze morceaux qui accompagnent la traversée de la République Harde. C’est le genre de nom qu’on croise rarement sur un jeu de cartes indépendant.
La narration anglaise est confiée à Travis Willingham, voix familière des amateurs de Critical Role et de La Légende de Vox Machina. Les textes, eux, sont intégralement traduits en français, ce qui compte pour un jeu où l’on lit énormément. Quarante et un succès complètent l’ensemble, de quoi occuper ceux qui voudront explorer les branches secondaires.
Comment le récupérer et sur quelle machine
L’offre démarre le 23 juillet à 17h00 et se termine le 30 juillet à la même heure. Sept jours pleins, donc, mais il faut réclamer le jeu pendant cette fenêtre pour le conserver ensuite définitivement : une fois l’offre expirée, la bibliothèque garde ce qui y est entré, pas ce qu’on a oublié d’y mettre. Un compte Epic et le launcher suffisent.
Côté configuration, Foretales ne demande presque rien. Windows 10, un processeur à 2 GHz, 4 Go de mémoire vive et une carte compatible DirectX 9 suffisent au minimum ; la configuration recommandée monte à 3 GHz et 6 Go. Une machine de bureau ordinaire fait tourner le jeu, et les portables modestes s’en sortent sans difficulté.
D’ici là, deux autres titres restent à prendre sur la boutique jusqu’au 23 juillet : l’aventure au tour par tour rétro et l’horreur psychologique espagnole proposée en parallèle. Les trois se récupèrent sans se gêner, et rien n’oblige à choisir.
Ce que dit le rythme hebdomadaire des boutiques
Un jeu offert chaque jeudi finit par créer une habitude étrange : on clique, on ajoute, on ne joue pas. Les bibliothèques gonflent de titres jamais lancés, et la gratuité déplace la rareté du prix vers le temps disponible. Foretales est exactement le type de jeu qui souffre de ce mécanisme, parce qu’il demande de l’attention et récompense la lenteur.
La question intéressante n’est donc pas de savoir s’il faut le prendre, mais ce qu’on en fera. Les boutiques concurrentes ont adopté des rythmes comparables, entre les gratuités ponctuelles de GOG comme cette aventure narrative de Daedalic et les vagues mensuelles de Prime Gaming. Le catalogue gratuit dépasse désormais ce qu’une vie de joueur peut absorber, et le tri devient l’exercice principal.
Un jeu de cartes qui parle de choix irréversibles et de temps qui manque, distribué dans un écosystème où l’on accumule sans jamais trancher, a quelque chose d’un clin d’œil involontaire. Volepain, lui, n’a pas le luxe de remettre sa prophétie à plus tard.
