Catch Me! gratuit sur Steam

Le free-to-keep de Steam offre Catch Me! jusqu'au 17 juillet à 19 heures, au lieu de 9,99 €. Une course-poursuite à quatre joueurs en ligne, et un studio allemand qui joue là une carte de visibilité.

Steam pratique depuis des années une forme discrète de générosité : le free-to-keep, une opération qui rend un jeu payant temporairement gratuit, et surtout définitivement acquis pour qui le réclame à temps. Catch Me!, une course-poursuite à quatre joueurs signée du studio allemand ByteRockers’ Games, en fait l’objet cette semaine. Affiché 9,99 € le reste de l’année, il tombe à zéro jusqu’au 17 juillet à 19 heures, heure de Paris.

La mécanique n’a rien à voir avec l’abonnement ni avec le prêt : une fois le bouton pressé, le jeu rejoint votre bibliothèque et y reste, sans condition de durée ni de fidélité. C’est ce qui sépare ce format des périodes d’essai et des week-ends gratuits, et ce qui explique l’empressement qu’il déclenche à chaque édition. Reste une question que la fiche Steam ne pose jamais : pourquoi une boutique qui domine déjà le PC prend-elle la peine de distribuer gratuitement le travail d’un studio ?

Jaquette de Catch Me! : des personnages stylisés bondissent entre un bus à impériale rouge et des gratte-ciel
Vendu 9,99 € le reste de l’année, le jeu de ByteRockers’ Games tombe à zéro jusqu’au 17 juillet à 19 heures. Visuel officiel ByteRockers’ Games, via la fiche Steam.

Un jeu du chat perché transposé en ligne

Le principe tient en une phrase que tout le monde comprend sans lire la moindre règle : un joueur court, trois le poursuivent. Le fuyard marque des points en atteignant des positions précises sur la carte, et le chasseur qui le rattrape prend sa place aussitôt. ByteRockers a construit autour de cette idée un terrain de jeu vertical, filmé en coupe à la manière d’un plateformeur 2D, où les décors s’utilisent autant qu’ils se traversent.

  • Six cartes inspirées de villes réelles, pensées comme des circuits de course plutôt que comme des arènes ;
  • Des éléments manipulables qui modifient le terrain en pleine partie : fenêtres à claquer au nez des poursuivants, pièges électriques, objets à lancer ;
  • Du parkour sur les toits, les grandes roues et jusque sur une rame de métro en marche ;
  • Une vingtaine de succès Steam et une galerie de skins, d’emojis et d’animations pour personnaliser son coureur.

L’ensemble reste volontairement lisible : quatre joueurs, aucune progression à débloquer avant de s’amuser, des parties courtes. Steam range le titre en Action, Occasionnel, Indépendant et Sport, un empilement de genres qui traduit surtout son refus d’entrer dans une case. L’interface est traduite en français, l’audio reste en anglais, ce qui pèse peu dans un jeu où personne ne parle.

Capture de Catch Me! : quatre joueurs répartis dans un château vu en coupe, jauges de score en bas de l'écran
Chaque manche oppose un fuyard à trois poursuivants ; les jauges du bas suivent les points marqués par chacun. Capture officielle ByteRockers’ Games, via la fiche Steam.

Une fenêtre de récupération qui se referme jeudi à 19 heures

La date limite est affichée en toutes lettres sur la fiche du jeu : il faut avoir cliqué sur Ajouter au compte avant le 17 juillet à 10 heures du Pacifique, soit 19 heures en France métropolitaine. Passé ce délai, le titre repasse à 9,99 € sans période de grâce ni rattrapage.

Un point mérite d’être souligné, parce qu’il piège encore beaucoup de monde : ajouter le jeu à sa liste de souhaits ne sert à rien, et le télécharger n’est pas nécessaire. Seule l’opération d’ajout au compte fait foi, et elle prend trois secondes depuis un navigateur, sans même installer le client. Les 3 Go du téléchargement peuvent attendre des mois.

Côté configuration, le ticket d’entrée reste modeste : un processeur Intel Core i5 à 2,4 GHz, 8 Go de mémoire vive et une GeForce GTX 760 suffisent, avec une connexion haut débit obligatoire puisque tout se joue en ligne. La fiche mentionne encore Windows 8, mais le client Steam n’accepte plus que Windows 10 et suivants depuis janvier 2024.

ByteRockers remet tout son catalogue en avant

L’opération n’est pas isolée. Catch Me! est rattaché à un événement promotionnel maison qui solde en parallèle le reste des productions du studio. Le bundle réunissant BeeFense BeeMastered, Gelly Break Deluxe et Catch Me! affiche 64 % de remise, à 11,20 € au lieu de 31,29 €, ce qui revient à payer les deux autres jeux et à récupérer le troisième par ailleurs.

La chronologie éclaire ce choix. Sorti en accès anticipé le 28 juillet 2022, passé en version complète le 24 janvier 2023, Catch Me! a trois ans et demi et n’a jamais rencontré son public. Sa fiche Steam totalise 22 évaluations issues d’achats vérifiés, dont 95 % sont positives : un excellent ratio sur un échantillon minuscule.

Ce qu’une boutique va chercher en donnant un jeu

Un jeu offert n’est pas un cadeau, c’est un échange à trois bandes. Le studio récupère des joueurs et de la visibilité algorithmique, la boutique récupère du trafic et des comptes actifs, le joueur récupère une ligne de plus dans une bibliothèque qu’il ne finira jamais. Chacun paie dans une monnaie différente, et aucune n’est de l’euro.

La logique n’a rien de nouveau chez Valve. Son cofondateur la formulait déjà il y a quinze ans, en soutenant que la bataille se joue sur le service rendu bien avant de se jouer sur l’étiquette de prix.

Notre réussite vient de ce que nous nous assurons que les clients comme les partenaires aient le sentiment de retirer beaucoup de valeur de ces services, et qu’ils puissent nous faire confiance pour ne pas tirer profit de la relation que nous avons avec eux.

Gabe Newell, cofondateur de Valve, entretien au journal étudiant de l’université de Cambridge, novembre 2011

La concurrence a poussé le raisonnement bien plus loin. L’Epic Games Store distribue deux jeux par semaine sans interruption depuis des années, une cadence que Steam n’a jamais cherché à égaler. Valve préfère les rendez-vous massifs et espacés, ses soldes saisonnières, à la perfusion hebdomadaire.

Le free-to-keep occupe l’espace qui reste : quelques titres par mois, sans calendrier annoncé, sans page dédiée mise en avant sur la boutique. D’où le fait que ces opérations passent largement sous le radar des joueurs, alors même qu’elles sont plus généreuses en valeur faciale que bien des promotions tapageuses.

Le pari du gratuit pour un multijoueur confidentiel

Pour un jeu à quatre joueurs en ligne, la gratuité n’est pas qu’un geste commercial : c’est une question de survie. Un titre compétitif sans population ne se joue pas, quelle que soit sa qualité intrinsèque. Vingt-deux évaluations trahissent une communauté trop mince pour garantir un salon rempli un mardi soir.

L’arrivée soudaine de milliers de comptes change l’équation, au moins le temps de quelques semaines. Le jeu prévoit d’ailleurs une porte de sortie pour les soirs creux, puisqu’il reste jouable en solo et via le partage familial Steam, de quoi occuper les trois autres places sans multiplier les achats. Toutes provenances confondues, sa fiche recense 138 évaluations, dont 79 positives.

Le calendrier n’est pas anodin non plus. Le free-to-keep revient sur Steam après une pause observée pendant les soldes d’été, période où Valve évite de brouiller son propre message. Les gratuités reprennent quand les remises s’arrêtent, et s’intercalent entre les temps forts promotionnels que la boutique multiplie le reste de l’année.

Quand la bibliothèque grossit plus vite qu’on ne joue

Un jeu gratuit coûte pourtant quelque chose : de l’attention. Les bibliothèques Steam s’allongent d’opérations comme celle-ci, et la pile des jeux jamais lancés s’épaissit à mesure que le réflexe de réclamation devient automatique. Le geste est si peu coûteux qu’il finit par ne plus se penser du tout.

Catch Me! échappe en partie au piège, parce qu’une course-poursuite à quatre ne se lance pas seul un dimanche pluvieux : elle suppose trois autres personnes disponibles au même moment. Sa valeur réelle tient moins au prix qu’au carnet d’adresses, et c’est sans doute la seule question qui mérite d’être tranchée avant jeudi 19 heures.

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