Tim Curry, la voix du Premier Cherdenko dans Red Alert 3, est mort à 80 ans

Le jeu vidéo sur PC vient de perdre l’une de ses voix les plus reconnaissables. L’acteur britannique Tim Curry est mort dans la nuit de mardi 25 août à son domicile de Los Angeles, à l’âge de 80 ans, une disparition d’abord révélée par TMZ puis relayée par toute la presse spécialisée. Le grand public retiendra le Frank-N-Furter du Rocky Horror Picture Show. Les joueurs, eux, entendent surtout un timbre, celui d’un comédien qui a passé trente ans à prêter sa voix à des méchants de jeux vidéo.

Le doublage vidéoludique n’a pourtant pas toujours été un métier balisé. Dans les années 1990, quand les CD-ROM ont permis d’embarquer des heures de voix et de séquences filmées, les studios sont allés chercher des comédiens de cinéma pour crédibiliser leurs productions. Tim Curry a été l’un des premiers à jouer le jeu sans condescendance, et il a traversé quatre décennies de matériel PC, du point-and-click sur CD-ROM aux cinématiques en haute définition. Que reste-t-il concrètement de son passage dans nos bibliothèques Steam et GOG ?

Du théâtre londonien aux CD-ROM de Sierra

Tim Curry s’est fait connaître en 1973 sur la scène londonienne dans The Rocky Horror Show, puis en 1975 dans son adaptation au cinéma. Sa carrière a ensuite aligné les rôles de composition : Darkness dans Legend, Wadsworth dans Cluedo, Pennywise dans la mini-série It, le pirate Long John Silver face à Kermit. Une filmographie construite sur l’excès maîtrisé, exactement ce que le jeu vidéo naissant allait lui demander.

Sa première incursion notable date de 1993. Sierra lui confie le rôle-titre de Gabriel Knight : Sins of the Fathers, une aventure point-and-click où il incarne un libraire de La Nouvelle-Orléans embarqué dans une enquête vaudou. Il reprendra le personnage pour le troisième épisode, en 1999. Deux jeux d’aventure séparés par six années, à une époque où la continuité de casting relevait de l’exception.

Cette période coïncide avec l’âge d’or du full motion video sur PC, quand les éditeurs filmaient des acteurs sur fond vert pour meubler leurs cinématiques. Beaucoup de ces productions ont mal vieilli. Celles où Tim Curry apparaît ont connu un autre destin : elles sont devenues des objets de culte plutôt que des curiosités embarrassantes. Le sommet arrivera quinze ans plus tard, chez Electronic Arts.

Cherdenko, le rôle qui l’a rendu culte chez les joueurs PC

Command & Conquer : Red Alert 3 sort en 2008 et pousse la logique de la série jusqu’au bout : uchronie soviétique, machine à voyager dans le temps, ours de combat, cinématiques en prises de vues réelles assumées comme du grand n’importe quoi. Tim Curry y joue le Premier Anatoly Cherdenko, dirigeant de l’Union soviétique. Le rôle tient en quelques minutes de séquences filmées, et ces quelques minutes ont suffi.

La réplique qui a fait le tour d’Internet arrive à la toute fin de la campagne soviétique. Cherdenko, acculé, annonce qu’il s’échappe vers le seul endroit que le capitalisme n’a pas corrompu, l’espace, et le mot tombe avec un aplomb que personne n’a reproduit depuis. PC Gamer y voit le lancer de réplique le plus triomphant de l’histoire du métier d’acteur ; la formule est excessive, mais elle dit ce que la scène représente pour une génération de joueurs de stratégie. Dix-huit ans plus tard, c’est elle qui a été repartagée en masse à l’annonce du décès.

Quatre rôles PC que les joueurs connaissent par cœur

Sa filmographie vidéoludique est bien plus courte que sa filmographie cinéma, mais elle se concentre sur des titres que le public PC a réellement joués. Quatre d’entre eux reviennent dans tous les hommages publiés depuis mardi :

  • Gabriel Knight : Sins of the Fathers, chez Sierra en 1993, où il tient le rôle-titre du libraire enquêteur ;
  • Command & Conquer : Red Alert 3, chez Electronic Arts en 2008, dans la peau du Premier Anatoly Cherdenko ;
  • Brütal Legend, chez Double Fine en 2009, où il prête sa voix à Doviculus, empereur de la Tainted Coil ;
  • Dragon Age : Origins, chez BioWare la même année, dans le rôle du sinistre Arl Rendon Howe.

Le premier Dragon Age est le seul de cette liste à rester facilement accessible, la compilation qui le regroupe avec ses extensions revenant régulièrement en promotion sur les boutiques sans DRM. Les trois autres dépendent de rééditions capricieuses, quand ils n’ont pas disparu des catalogues.

Ce détail n’a rien d’anecdotique pour qui voudrait réécouter ces performances. Le catalogue PC est une mémoire fragile, et la disparition d’un comédien remet la question de l’accès sur la table. Double Fine y a répondu à sa manière dans les heures qui ont suivi.

Double Fine offre Brütal Legend pendant 666 minutes

Le studio de Tim Schafer a mis Brütal Legend en téléchargement gratuit sur itch.io, pour une durée volontairement absurde de 666 minutes, soit 11 heures et 6 minutes. Au moment où PC Gamer relayait l’opération, ce jeudi 27 août, il restait un peu plus de neuf heures pour réclamer le jeu et le conserver ensuite.

Ce n’est pas la première fois que le studio procède ainsi. Il avait déjà offert le jeu pendant exactement 666 minutes à la mort d’Ozzy Osbourne, qui y apparaissait en Guardian of Metal, le marchand du jeu. Le rituel est devenu la façon dont Double Fine salue ses interprètes, et Brütal Legend en compte un nombre inhabituel.

Le personnage de Doviculus devait d’ailleurs revenir à un autre nom du metal, le chanteur Ronnie James Dio. Tim Schafer a raconté à USA Today avoir changé d’avis en entendant Curry, dont la voix lui a paru parfaite pour un méchant massif et un peu tordu. Le rôle n’était pas écrit pour lui, il a fini par lui appartenir.

Une fin de carrière marquée par la maladie

La présence publique de Tim Curry s’était considérablement réduite ces dernières années. Un accident vasculaire cérébral majeur en 2012 avait nécessité une opération du cerveau et l’avait laissé partiellement paralysé, avec des séquelles durables sur la mémoire à court terme. Il a malgré tout continué d’enregistrer.

J’essaie de l’éviter, comme nous le faisons tous je crois. Mais je soupçonne qu’au bout du compte, je finirai par l’accueillir.

Tim Curry, à propos de la mort, dans l’un de ses derniers entretiens, accordé à CBS News en 2025

Il s’était montré une dernière fois en public en octobre 2025, accueilli par une salle debout lors d’une projection anniversaire des cinquante ans du Rocky Horror Picture Show. Le même mois paraissait Vagabond, ses mémoires. Deux rendez-vous tenus dix mois avant sa disparition, et une manière de refermer lui-même le dossier.

Ce que les voix laissent dans les bibliothèques PC

La mort d’un comédien de jeu vidéo pose une question que le cinéma ne connaît pas vraiment. Un film reste consultable ; un jeu dépend d’un exécutable, d’un système d’exploitation et d’un ayant droit qui accepte de le maintenir en vente. Une performance enfermée dans un binaire de 2008 vieillit moins bien qu’une bobine.

Le mouvement dépasse ce seul deuil. Le mois d’août a déjà vu le retrait d’un vétéran après quarante-quatre ans de métier, et la génération qui a fabriqué le PC des années 1990 et 2000 quitte peu à peu la scène. Ce sont des méthodes de fabrication qui partent avec elle, pas seulement des noms au générique.

Il reste, pour les joueurs, quelque chose de très concret : onze heures pour récupérer Brütal Legend, une compilation Dragon Age qui repasse en solde plusieurs fois par an, et deux aventures Sierra de 1993 et 1999 qui attendent une réédition sérieuse. La mémoire du jeu vidéo tient à ce genre de fenêtres, ouvertes brièvement puis refermées.

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