Crystal Crisis gratuit sur Steam

Il arrive qu’une boutique offre un jeu sans prévenir, en dehors de tout calendrier hebdomadaire. Depuis le 14 septembre, Steam laisse récupérer Crystal Crisis, un jeu d’alignement de cristaux signé Nicalis, et l’ajouter définitivement à sa bibliothèque sans rien débourser. Le principe tient en une phrase : on empile des cristaux de couleur, on les aligne pour les faire disparaître, et chaque enchaînement envoie des blocs parasites dans la colonne de l’adversaire.

Ce genre d’opération reste peu courant sur la boutique de Valve, qui laisse d’ordinaire les éditeurs jouer sur la remise plutôt que sur la gratuité totale. L’offre porte ici sur un titre vendu 16,79 € le reste de l’année, et elle se referme dans quelques jours. Que vaut vraiment ce puzzle-fighter, et jusqu’à quand peut-on encore le réclamer ?

Un jeu de cristaux qui se joue comme un versus fighting

Sorti sur Steam le 31 juillet 2019, Crystal Crisis emprunte sa grammaire au puzzle compétitif façon Puyo Puyo et sa mise en scène au jeu de combat. Deux colonnes se font face, chaque joueur fait tomber des cristaux et cherche à déclencher des chaînes ; chaque chaîne réussie déverse des blocs bloquants chez l’adversaire, jusqu’à ce que sa colonne déborde. Les scores défilent à l’écran, les personnages s’animent sur l’arène centrale, et l’issue se joue souvent sur une poignée de secondes.

La couche combat n’est pas décorative. Chaque personnage possède son propre motif de chute, une attaque offensive et une capacité défensive, ce qui change la manière d’aborder un duel selon celui qu’on sélectionne. Nicalis est même allé chercher Justin Wong, joueur professionnel de jeux de combat, pour calibrer l’équilibrage et la lisibilité des mécaniques.

Youtube video
Le trailer de lancement de Crystal Crisis, publié sur la chaîne officielle de Nicalis.

Le studio annonce vingt personnages, vingt arènes et plus de dix modes de jeu disponibles au lancement, entre Arcade, Histoire, Versus, Survie, Tag Team et parties en ligne. Un volume qui situe le titre assez loin du petit jeu offert pour faire du remplissage. Reste à savoir qui peuple ce casting, et c’est probablement l’argument le plus inattendu du jeu.

Un casting emprunté à toute une scène indépendante

La sélection de personnages est un patchwork assumé, bâti à partir des studios et des séries dont Nicalis est proche. On y croise notamment :

  • Isaac, échappé de The Binding of Isaac ;
  • Quote, le protagoniste de Cave Story ;
  • Aban Hawkins, venu de 1001 Spikes ;
  • Solange, l’héroïne de Code of Princess ;
  • Astro Boy et Black Jack, deux créations d’Osamu Tezuka intégrées avec l’accord de Tezuka Productions ;
  • Johnny Turbo, mascotte publicitaire bien réelle de la TurboGrafx-16 au début des années 1990.

Le reste du tableau tient en créations maison, dont Helen, Elise ou Hunter, dessinées par l’équipe artistique du studio. Chaque personnage conserve son style graphique d’origine, son arène et sa bande-son, ce qui donne à l’ensemble une allure de compilation plutôt que de cross-over lissé.

Ce mélange explique pourquoi le jeu parle autant aux amateurs de puzzle qu’à ceux qui suivent la production indépendante depuis une quinzaine d’années. Encore faut-il l’avoir réclamé avant la fermeture de l’offre, et le créneau est plus court qu’il n’y paraît.

Comment réclamer le jeu avant la fermeture de l’offre

La manœuvre ne demande ni code ni inscription à une newsletter. Il suffit d’ouvrir la fiche Steam du jeu avec un compte connecté et de valider l’ajout à la bibliothèque : le titre y reste ensuite définitivement, même sans le télécharger ni le lancer. Le compteur tourne pendant ce temps, puisque la fiche annonce une fin d’offre au 21 septembre à 23h59 heure du Pacifique, soit le 22 septembre à 8h59 en heure de Paris.

Passé ce délai, le jeu repasse à son tarif habituel de 16,79 € et la gratuité ne se reconduit pas d’elle-même. Le mécanisme rappelle celui des titres que Steam laisse partir avant un retrait de catalogue, à ceci près que rien n’indique ici une disparition prochaine de la fiche.

Une courbe d’apprentissage pensée pour les novices

Le pari de Nicalis consistait à attraper deux publics d’un coup : celui du puzzle occasionnel et celui de la compétition. Le jeu embarque pour cela un tutoriel complet, qui débloque un personnage une fois terminé, et un mode entraînement séparé. Un réglage dédié au daltonisme modifie par ailleurs les motifs des cristaux, en plus de plusieurs thèmes de couleurs alternatifs.

Cette attention n’a rien d’anecdotique pour un jeu dont toute la lecture repose sur la couleur. Le président de Nicalis, Tyrone Rodriguez, rappelait au moment de la sortie qu’environ une personne sur 22 présente une forme de daltonisme, et qu’ajouter ce type d’option ne coûte pas grand-chose à un studio.

Avec les jeux de puzzle, la courbe d’apprentissage est en général plus douce, ce qui les rend plus accessibles et plus accueillants pour les nouveaux joueurs. Malgré tout, ils gardent des subtilités très fines dès qu’on monte en niveau de jeu.

Tyrone Rodriguez, président de Nicalis, dans un entretien accordé à Nintendo Everything le 10 mars 2019, avant la sortie de Crystal Crisis

La promesse se vérifie surtout dans les premières parties : les règles se saisissent en deux minutes et un néophyte peut tenir tête à un habitué pendant un moment. La bascule arrive plus tard, quand les motifs de chute propres à chaque personnage commencent à peser sur le rythme des échanges.

Le jeu a tout de même sept ans, et ses serveurs en ligne ne débordent pas de monde. Le multijoueur local reste la meilleure porte d’entrée, en écran partagé comme via Remote Play Together, à la manière des jeux de réflexion conçus pour deux joueurs qui reviennent régulièrement dans les catalogues d’offres.

Ce que disent les joueurs après sept ans

La fiche Steam agrège aujourd’hui 202 évaluations, dont 156 positives, ce qui donne une note globale de Plutôt positives et un taux d’approbation de 77 %. Ce n’est pas un plébiscite, mais le chiffre reste cohérent pour un puzzle compétitif de niche sorti sans campagne massive.

Duel de Crystal Crisis entre Isaac et Helen, deux colonnes de cristaux colorés de part et d'autre de l'arène
Capture officielle diffusée sur la fiche Steam du jeu : chaque alignement de cristaux envoie des blocs dans la colonne adverse.

Les retours favorables saluent la lisibilité de l’action et la variété du casting ; les critiques portent sur un contenu solo un peu court et sur une fréquentation en ligne devenue clairsemée. Le jeu est intégralement traduit en français, ce qui n’est pas systématique sur ce type de production japonaise et américaine.

Côté configuration, la barre reste basse. Windows 7 en 64 bits et un double cœur à 2,4 GHz suffisent à le faire tourner, ce qui en fait un candidat crédible pour une machine d’appoint ou un PC portable sans carte graphique dédiée. La vraie question tient plutôt à la place que prennent ces jeux dans une bibliothèque.

Les bibliothèques Steam gonflées par les gratuités

Ces opérations ponctuelles ont fini par créer une habitude. Huit jours d’ouverture et 16,79 € économisés suffisent à faire entrer un titre dans une bibliothèque, sans que la récupération dise quoi que ce soit du temps qui sera réellement passé dessus. Le geste est gratuit, l’attention disponible ne l’est pas.

Le cas de Crystal Crisis illustre bien cette ambiguïté. Un jeu réclamé puis jamais installé n’a rien coûté ni rien apporté ; le même jeu lancé une soirée à deux sur le canapé justifie à lui seul l’opération. La différence ne tient pas au prix, elle tient au moment où l’on décide de l’ouvrir.

Les éditeurs y trouvent leur compte autrement. Une vague de récupérations replace un catalogue vieux de sept ans dans les recommandations de la boutique et ramène un peu d’activité sur les serveurs. Le même calcul se retrouve derrière un jeu payant basculé en gratuit permanent, une bascule devenue courante pour les titres arrivés en fin de cycle commercial.

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