La vitrine gratuite de l’Epic Games Store change de locataire le 24 septembre à 17h00 heure de Paris, et l’un des deux titres annoncés sort un peu de l’ordinaire. Astrea : Six-Sided Oracles, vendu 22,39 € sur la boutique, sera récupérable sans débourser un centime jusqu’au 1er octobre à la même heure. Comme toujours, la copie reste acquise définitivement une fois la commande validée.
Le jeu appartient à une famille bien connue des joueurs PC, le roguelike de construction de deck, mais il en change la matière première. Là où le genre distribue des cartes, Astrea distribue des dés. Sorti le 21 septembre 2023, il a été porté sur consoles un an plus tard et figure déjà dans la bibliothèque de nombreux joueurs, la boutique l’ayant offert une première fois par le passé selon le site spécialisé GG.deals. Qu’est-ce qu’un roguelike de dés change concrètement pour celui qui n’a jamais quitté les jeux de cartes ?
Des dés à la place des cartes
Le principe de départ reste familier. Vous enchaînez des combats au tour par tour, vous ramassez des récompenses entre deux affrontements, vous mourez, vous recommencez avec une construction différente. La différence tient à l’outil : chaque action passe par un dé que vous lancez, et non par une carte que vous piochez. Le résultat de la face décide de ce qui se produit.

Le catalogue annoncé par les développeurs dépasse les 350 dés, répartis en trois familles : les fiables, les équilibrés et les franchement risqués. Vous pouvez en plus graver de nouvelles actions sur les faces, ce qui revient à modifier les probabilités de votre propre construction en cours de partie. Six oracles jouables, chacun avec son lot de départ et ses talents, complètent l’éventail.
Le hasard n’est donc pas subi mais négocié. C’est la promesse du jeu, et la raison pour laquelle il tient sa réputation auprès d’un public qui déteste pourtant se voir imposer un lancer de dés.
Purification contre corruption, le système qui structure tout
La vraie singularité du jeu se trouve dans sa barre de vie, qui sert à la fois de jauge de survie et de ressource. Quatre mécaniques s’articulent autour de cette idée, et elles expliquent l’essentiel des décisions d’une partie.
- La purification blesse les ennemis ou vous soigne, selon la cible que vous visez ;
- La corruption vous blesse ou soigne les ennemis, mais débloque des talents puissants ;
- Des compétences sont accrochées à des paliers de votre barre de vie, que vous descendez volontairement pour les activer ;
- Les ennemis lancent eux aussi des dés, et vous pouvez manipuler les leurs pour modifier leurs intentions.
Encaisser des dégâts devient donc un choix tactique plutôt qu’un accident. Le jeu pousse à flirter avec la zone rouge pour ouvrir des options, en sachant qu’une corruption mal dosée termine la partie. Cette tension permanente entre puissance et survie est ce qui distingue Astrea de la masse des roguelikes de deck.
Le reste du contenu suit la même logique d’accumulation : plus de 170 bénédictions à effets passifs, une vingtaine de sentinelles à améliorer, autant d’événements aléatoires et seize niveaux de difficulté. De quoi tenir bien au-delà des premières parties, à l’image du deck-builder offert cette semaine sur la même boutique.
Un studio brésilien et une boutique qui achète de l’attention
Astrea est développé par Little Leo Games, un studio brésilien, et édité par Akupara Games, un éditeur américain spécialisé dans les productions indépendantes. Le jeu est sorti sur PC le 21 septembre 2023, puis sur PlayStation, Switch et Xbox le 26 septembre 2024, avec à cette occasion un mode de run quotidien qui propose une partie inédite chaque jour.
Pour un studio de cette taille, une semaine dans la vitrine gratuite d’Epic vaut surtout par ce qu’elle déclenche ensuite. Le patron de la boutique a expliqué de longue date que l’opération profite aussi aux développeurs, et pas seulement à la plateforme qui la finance.
Ça a été un bénéfice pour les développeurs. La plupart de ceux qui lancent leur jeu gratuitement sur la boutique ont constaté que leurs ventes sur Steam et sur les plateformes console augmentaient après leur passage en gratuit chez Epic, grâce au surcroît de notoriété.
Tim Sweeney, fondateur d’Epic Games, dans un entretien accordé à GameSpot et rapporté par PC Gamer, 1er juin 2020
Le raisonnement vaut particulièrement pour un jeu de niche comme celui-ci. Un roguelike de dés ne se vend pas sur son nom, il se vend sur le bouche-à-oreille, et la gratuité reste le moyen le plus rapide de le mettre entre des mains qui ne l’auraient jamais acheté à 22 €.
Ce que valent les 22,39 € que vous ne paierez pas
Les indicateurs publics penchent nettement du bon côté. Le jeu affiche 4 546 évaluations sur Steam, dont 4 163 positives, soit environ 92 % d’avis favorables et la mention Très positives. La presse suit, avec une moyenne Metacritic de 85. Le tarif habituel s’établit à 22,39 € sur l’Epic Games Store et 23,79 € sur Steam, la boutique de Valve n’appliquant aucune remise en ce moment.
La bande-annonce donne le ton visuel, très coloré, assez éloigné de l’austérité graphique qui caractérise souvent le genre. Sur le plan technique, le jeu reste léger : deux gigaoctets d’espace disque, un processeur d’entrée de gamme et une interface traduite en français. Rien qui impose de renouveler sa machine pour l’essayer, ce qui compte quand on récupère un jeu par curiosité.
Ce que la répétition des gratuités dit du genre
Voir le même jeu revenir dans la vitrine gratuite n’est pas anodin. Cela signifie que l’éditeur juge l’opération assez rentable pour la refaire, et que la plateforme continue d’y trouver son compte deux ans après la sortie du titre. Les roguelikes de construction de deck sont devenus la matière première idéale de ce type d’accord : peu chers à produire, très rejouables, et faciles à recommander à un joueur qui ne connaît pas le genre.
Le revers est connu. Une bibliothèque gonflée de jeux gratuits se transforme vite en cimetière d’icônes jamais lancées, et un roguelike récemment offert sur Steam illustre la même mécanique ailleurs. Les chiffres de réclamation ne disent rien du temps de jeu réel, et c’est précisément la limite de l’indicateur que mettent en avant les boutiques.
Reste un fait difficile à contourner : sans ces opérations, d’autres roguelikes passés par la vitrine n’auraient jamais atteint le public qu’ils ont aujourd’hui. C’est ce calcul que chaque studio indépendant refait à chaque proposition, entre notoriété immédiate et ventes sacrifiées.

