Doom : retour sur la saga qui a façonné le FPS sur PC

Peu de séries ont laissé une empreinte aussi nette sur le jeu vidéo PC. Pendant des années, le terme FPS n’existait même pas dans le langage courant : on désignait simplement ces jeux par le nom de leur modèle, au point de parler de Doom-like. Sorti en 1993, le titre d’id Software a popularisé le tir à la première personne au point d’en devenir le synonyme.

Doom, c’est avant tout l’histoire d’un soldat anonyme lâché seul sur les lunes de Mars, Phobos et Déimos, pour repousser une invasion démoniaque venue d’un portail interdimensionnel. Derrière ce pitch volontairement minimaliste se cache une saga étalée sur plus de trente ans, de l’épisode fondateur jusqu’à Doom : The Dark Ages, sorti en mai 2025.

La série a pourtant changé de visage à plusieurs reprises, flirtant tour à tour avec l’horreur, la science-fiction et le médiéval-fantastique. Comment expliquer qu’on ait toujours envie d’y revenir, trente ans après le premier épisode ?

1993, l’acte de naissance d’un genre

id Software ne part pas de rien en 1993. Le studio a déjà signé Wolfenstein 3D un an plus tôt, mais c’est bien Doom qui démocratise réellement le tir à la première personne. Le jeu emprunte son imaginaire à des œuvres comme Alien ou Evil Dead, puis inspire à son tour une décennie entière de productions.

Ce qui frappe, c’est le peu d’intérêt accordé au scénario. Les développeurs assument totalement ce parti pris : l’action prime sur le récit, et chaque fin de chapitre se résume à quelques lignes expédiées. Cette philosophie, John Carmack l’a formulée d’une phrase devenue culte dans le milieu.

L’histoire dans un jeu vidéo, c’est comme l’histoire dans un film porno : on s’attend à en trouver une, mais ce n’est pas vraiment important.

John Carmack, cofondateur d’id Software, cité dans Masters of Doom de David Kushner (2003)

Réduire Doom à un défouloir sans cervelle serait pourtant une erreur. Dès le premier niveau, le jeu apprend au joueur à explorer, à récupérer armures et bonus, à choisir entre foncer ou fouiller. C’est cette intelligence discrète du level design qui a fait école.

Ce qui fait qu’un Doom reste un Doom

D’un épisode à l’autre, certains piliers ne bougent pas. Ils forment l’ADN de la série et expliquent pourquoi un Doom se reconnaît en quelques secondes, clavier et souris en main :

  • l’agressivité récompensée, puisque rester à couvert ne sert à rien et que c’est en avançant qu’on récupère vie et munitions ;
  • le mouvement permanent, qui transforme chaque affrontement en danse nerveuse pour esquiver les projectiles ;
  • l’exploration de niveaux labyrinthiques, ponctués de cartes colorées et de passages secrets ;
  • les glory kills introduits en 2016, ces exécutions au corps à corps qui redonnent de la santé ;
  • une bande-son metal qui épouse directement le rythme des combats.

Cette mécanique du risque récompensé est ce qui distingue Doom de la plupart des autres jeux de tir. Là où un Call of Duty pousse à se mettre à l’abri, la série inverse la logique et fait du joueur le prédateur plutôt que la proie. Le héros y est plus dangereux pour les démons que l’inverse, une idée née dès 1993 et assumée comme direction artistique depuis.

Sept épisodes pour une même nervosité

La série principale compte sept jeux canoniques, du choc de 1993 au virage médiéval de 2025. Chacun apporte sa pierre, mais tous partagent ce même socle de tir nerveux. Le tableau ci-dessous résume ce que chaque épisode a laissé derrière lui.

ÉpisodeAnnéeApport marquant
Doom1993Démocratise le FPS et son level design
Doom II1994Le super shotgun, arme culte de la saga
Doom 641997Virage plus sombre, ambiance horrifique
Doom 32004Pari assumé du survival-horror
Doom (2016)2016Retour aux sources et glory kills
Doom Eternal2020Mobilité accrue et combats plus stratégiques
Doom : The Dark Ages2025Préquelle médiévale, bouclier et parades

Difficile de ne pas voir une logique de balancier dans cette chronologie. La franchise alterne entre épisodes purement nerveux et expérimentations plus posées, mais elle revient toujours à sa recette de tir frontal et brutal. Douze années séparent d’ailleurs Doom 3 de la renaissance de 2016, preuve qu’elle sait se faire désirer.

Du virage horreur au grand retour

Tous les épisodes n’ont pas fait l’unanimité. Doom 3, sorti en 2004, reste le plus clivant : il troque le rythme effréné contre une ambiance de survival-horror, avec ce fameux choix entre tenir sa lampe torche ou son arme. Un parti pris radical pour l’époque, qui a divisé les joueurs mais assume pleinement sa direction.

Il aura fallu douze ans d’attente pour que la série retrouve son public avec le reboot de 2016, puis Doom Eternal en 2020. Les compositions metal de Mick Gordon et le retour des combats frénétiques ont rappelé à tout le monde pourquoi cette saga comptait autant. Une longue rétrospective vidéo revient justement sur cette traversée des époques.

Youtube video
Rétrospective complète de la saga Doom, épisode par épisode.

Ce retour en grâce s’est confirmé en 2025 avec Doom : The Dark Ages, une préquelle qui envoie le Slayer dans un univers médiéval-fantastique. Bouclier, parades et monture font leur apparition, signe que la série continue de se réinventer sans trahir son tempo de tir effréné.

Où replonger dans la saga sans se ruiner

Bonne nouvelle pour les curieux : rejouer aux classiques n’a jamais été aussi simple ni aussi abordable. Depuis août 2024, la compilation Doom + Doom II rassemble les deux premiers jeux pour moins de dix euros sur PC, avec en prime un épisode inédit baptisé Legacy of Rust et ses seize niveaux.

Les épisodes modernes ne sont pas en reste. Doom Eternal passe régulièrement sous les dix euros lors des soldes Steam, et on l’a même vu bradé jusqu’à -80 %. The Dark Ages, lui, est arrivé dès sa sortie dans le catalogue du PC Game Pass, de quoi le découvrir sans l’acheter.

Le pari du renouveau paie. The Dark Ages a réuni plus de trois millions de joueurs dès sa première semaine, d’après les chiffres communiqués par l’éditeur. Une longévité rare pour une franchise qui aurait pu se figer dans la nostalgie.

Ce que Doom raconte encore du jeu PC

La trajectoire de Doom dit quelque chose de la place du PC dans l’histoire du médium. C’est sur ordinateur que le genre est né, et c’est là que sa communauté de moddeurs l’a maintenu vivant pendant des décennies, du célèbre mod My House à des cartes encore créées aujourd’hui. Trente ans plus tard, cette ferveur ne faiblit pas.

Reste une question ouverte : jusqu’où une série peut-elle se transformer sans perdre son identité ? Entre l’horreur de Doom 3, la nervosité de 2016 et le médiéval de The Dark Ages, la saga a prouvé qu’elle pouvait changer de décor sans changer d’âme. La suite dira si ce grand écart reste tenable à mesure que les attentes des joueurs PC évoluent.

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