L’Epic Games Store distribue un jeu de plus, et celui-ci sort du lot par son prix affiché. Targeted – 10 Days, un jeu d’observation à la première personne sorti en 2024, est offert sur la boutique jusqu’au 31 août 2026. La remise annoncée atteint 100 %, appliquée sur un prix barré de 199,99 $US.
Le principe tient de l’escape room inversée : au lieu de chercher à sortir d’une pièce, il faut décider si l’on peut y entrer sans danger. La détection d’anomalies s’est imposée comme un genre à part entière ces dernières années, portée par des titres courts très regardés en diffusion. Ce petit jeu hongrois mérite-t-il le quart d’heure nécessaire pour le réclamer ?
Un témoin, un parking souterrain et des détails qui clochent
Targeted – 10 Days vient du studio hongrois Glitchy Frame Studio, qui l’a mis en ligne le 14 août 2024. Le point de départ tient en une phrase : vous êtes un ancien membre de la mafia sur le point de témoigner contre son parrain, et celui-ci fait tout pour vous en empêcher. Chaque journée commence dans le parking souterrain où dort votre voiture.
Le jeu ne demande pas de réflexes, il demande de l’attention. Avant de démarrer, il faut inspecter les lieux et repérer ce qui a changé depuis la veille, qu’il s’agisse d’un objet déplacé, d’une ombre en trop ou d’un détail qui ne colle pas. Si rien ne cloche, vous prenez le volant, sinon il faut retourner vers l’ascenseur et appeler à l’aide avant qu’il ne soit trop tard.

La fiche Epic range le titre dans les catégories casse-tête, exploration et occasionnel, en solo uniquement. Le jeu est classé Teen par l’ESRB pour ses scènes de violence et de sang, et il est traduit en seize langues à l’écrit, dont le français, sans aucun doublage. Les cinématiques sont animées à la main, ce qui tranche avec la sobriété du reste de la production.
Quatre modes de difficulté et plus de 230 indices
La durée de vie dépend entièrement du mode retenu, et le studio en propose quatre, du plus accessible au franchement punitif.
- Normal, un mode équilibré qui se boucle en dix à trente minutes ;
- Difficile, avec davantage de niveaux et d’anomalies à débusquer ;
- un mode paranormal, qui ajoute des événements sortant du réel ;
- T-99, un défi de quatre-vingt-dix-neuf journées réservé aux observateurs les plus tenaces.
Plus de 230 indices différents ont été semés dans le parking, ce qui explique que le studio mise sur la rejouabilité plutôt que sur la durée. Un chronomètre de speedrun est intégré au jeu, et vingt succès Epic viennent alimenter la chasse au sans-faute.
Le multijoueur n’est pas de la partie. La fiche mentionne le partage de contrôle par Steam Remote Play Together, hérité de la version Steam, et une sauvegarde permet de reprendre en cours de route. Cette sauvegarde devient indispensable en mode T-99, qui s’étale sur quatre-vingt-dix-neuf journées de jeu.
Un prix barré à 199,99 $US et une remise de 100 %
L’offre est limpide : la remise affichée est de 100 %, et le jeu reste dans la bibliothèque une fois récupéré. La fiche Epic barre un prix de 199,99 $US, présenté en note de bas de page comme le tarif le plus bas pratiqué sur la boutique au cours des trente jours ayant précédé la remise. Ce montant n’a rien d’un tarif de marché pour un jeu d’observation solo qui se termine en une demi-heure.
Le débat sur les prix de référence n’est pas neuf. L’affichage de l’historique des prix est exactement ce que les boutiques mettent en place pour couper court aux remises optiques, et la note en bas de fiche Epic relève de la même logique en nommant la référence retenue. Elle ne dit rien du prix habituel du jeu en dehors des périodes promotionnelles.
La promotion se termine le 31 août 2026 à 17h00 heure de Paris, l’horaire auquel l’Epic Games Store fait tourner ses gratuités. Un compte Epic ID est nécessaire pour réclamer la copie, et le jeu tourne uniquement sous Windows. Plus de 33 000 joueurs l’avaient déjà récupéré d’après le compteur affiché par GamerPower.
Une configuration qui tient sur une machine modeste
Le studio insiste sur un point : le jeu a été optimisé pour les machines d’entrée de gamme. Les deux configurations publiées sur la fiche Epic reposent sur du matériel qui a largement dépassé les dix ans.
| Composant | Minimum | Recommandé |
|---|---|---|
| Système | Windows 10 | Windows 11 |
| Processeur | Core i3-2100 | Core i3-2100 |
| Mémoire | 4 Go | 4 Go |
| Carte graphique | Circuit intégré | GeForce GTX 660 |
| Stockage | 2 Go | 5 Go |
Le processeur ne bouge pas d’une colonne à l’autre, et la mémoire non plus. Seule la carte graphique fait la différence, avec une GeForce GTX 660 conseillée là où un circuit graphique intégré suffit à lancer le jeu. Un portable de bureau vieillissant tiendra le choc, DirectX 9 suffisant à l’ensemble.
Pourquoi Epic donne des jeux depuis fin 2018
Cette gratuité s’inscrit dans un programme lancé à l’ouverture de la boutique, fin 2018. Epic a commencé par attirer les joueurs de Steam avec des titres aussi lourds que Grand Theft Auto V ou Civilization VI, puis n’a plus jamais interrompu le rythme des rendez-vous hebdomadaires de la boutique. Plus de 580 millions de copies gratuites ont été réclamées sur une seule année.
L’opération coûte cher. Les documents révélés pendant le procès qui a opposé Epic à Apple ont montré que la firme avait dépensé 11,6 millions de dollars en jeux offerts sur les neuf premiers mois du programme. Le raisonnement d’Epic est celui d’un budget publicitaire déplacé vers les développeurs plutôt que vers les régies en ligne.
Nous avons dépensé beaucoup d’argent en exclusivités. Certaines ont très bien fonctionné. Beaucoup n’étaient pas de bons investissements, mais le programme de jeux gratuits a été tout simplement magique.
Tim Sweeney, PDG d’Epic Games, lors d’un point presse rapporté par PC Gamer le 16 août 2024
Le contraste avec l’autre levier d’Epic est net. Les exclusivités négociées avec des éditeurs comme Ubisoft se seraient soldées par plus de 300 millions de dollars de pertes jusqu’en 2021, sans produire l’effet escompté sur la fréquentation. Les jeux offerts restent le poste le plus rentable de la boutique, ce qui explique la régularité du rendez-vous.
Ce que valent vraiment ces bibliothèques gonflées à l’œil
Récupérer un jeu gratuit ne coûte rien, mais l’accumulation finit par poser une question de fond. Une bibliothèque remplie de titres jamais lancés ressemble vite à un placard, et le compteur de 33 000 récupérations de Targeted – 10 Days ne dit rien du nombre de parties réellement jouées. Le vrai coût est celui de l’attention, pas celui du prix barré.
Ce genre de petit titre a pourtant un avantage que les gros jeux offerts n’ont pas : il se termine en une demi-heure en mode normal. Là où les vagues mensuelles de douze jeux obligent à arbitrer, un jeu d’observation court se glisse dans une soirée sans rien engager. La brièveté devient un argument dès que la bibliothèque déborde.
La fenêtre court jusqu’au 31 août, et l’observation reste le seul prérequis. Un genre entier s’est construit sur cette mécanique minuscule qui consiste à comparer deux images presque identiques, et il continue de trouver son public sur des configurations que plus personne ne considère comme des machines de jeu. Le budget d’un joueur PC ne fait plus la partie à lui seul.
